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IA: une transition à encadrer...

L’intelligence artificielle (IA) s’apprête à transformer le quotidien des 5,7 millions d’agents publics en France. Annoncé par le ministre de l’Action publique, de la Fonction publique et de la Simplification, Laurent Marcangeli, le déploiement d’outils conversationnels inspirés de ChatGPT marque une étape majeure dans la modernisation de l’administration.

Une IA au service des fonctionnaires

Dès les prochains mois, des solutions d’intelligence artificielle seront progressivement mises à disposition des agents pour les aider à rédiger des documents, synthétiser des informations ou encore assurer certaines traductions. L’outil devrait ressembler à un tchat. Le fonctionnaire pose une question, l’Intelligence artificielle donne une réponse de suite. L’IA Albert, développée par l’État français, est déjà expérimentée dans plusieurs administrations et pourrait être étendue à l’ensemble des services publics d’ici la fin 2025.

Le gouvernement présente cet outil comme une opportunité d’améliorer l’efficacité des agents en les déchargeant de certaines tâches répétitives. L’objectif affiché est de permettre un recentrage des efforts sur les interactions humaines et les missions à plus forte valeur ajoutée.

Des interrogations sur l’automatisation et la perte de compétences

Si l’initiative semble prometteuse, elle suscite toutefois des réserves. Certains syndicats, dont la CFDT Fonction publique, s’inquiètent d’un risque d’automatisation excessive, menaçant la compétence critique des agents. « N’importe quel humain a tendance à faire plus confiance à une machine qu’à son propre jugement« , alerte Alexandre Bataille, référent IA de la CFDT Fonction publique. Mais la principale crainte des fonctionnaires est l’automatisation forcée avec pour objectif de réduire la dépense publique et donc le nombre d’agents.

En outre, l’expérimentation de l’IA Albert dans les maisons France Services a révélé des limites en termes de pertinence des réponses fournies. Certains agents estiment que les résultats obtenus sont parfois inférieurs à ceux d’une simple recherche Google. Une méconnaissance des fonctionnements internes de l’IA pourrait ainsi accentuer une dépendance aveugle aux outils numériques.

Alexandre Bataille, de la CFDT fonction publique, questionne également la souveraineté de ces outils. « Mistral a beau être français à l’origine, il n’a plus un actionnariat uniquement français, mais en grande partie américain« .

Une transition à encadrer

Le succès de cette transformation repose avant tout sur un accompagnement adapté des agents publics. La formation joue un rôle central pour leur permettre de s’approprier ces nouveaux outils de manière critique et efficace. Par ailleurs, la question de la responsabilité doit être clairement définie afin de préciser le rôle de l’agent face à la machine. Selon Alexandre Bataille de la CFDT « le cadre juridique devra évoluer pour déterminer qui du fonctionnaire ou de l’IA est responsable en cas d’erreur administrative« .

Enfin, la protection des données constitue un enjeu majeur, d’où le choix d’une IA souveraine comme Albert, censée garantir une meilleure maîtrise des informations traitées. Si l’introduction de l’IA dans la fonction publique ouvre de nouvelles perspectives, elle soulève aussi des défis inédits. Pour la CFDT, il est crucial que cette transition soit menée de manière concertée avec les agents et leurs représentants afin d’assurer une modernisation au service des fonctionnaires et des usagers, sans déshumanisation des services publics.